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SIAB 2025: face à l’amnésie culturelle, l’artisanat africain réclame sa place

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Publié le :
vendredi 01 août 2025

SIAB 2025: face à l’amnésie culturelle, l’artisanat africain réclame sa place

Loin d’un simple festival d’objets d’art et de couleurs, c’est à la fois une déclaration et une riposte que fait la 8ᵉ édition de la Semaine Internationale des Arts de Grand-Bassam. L’évènement s’est officiellement ouvert le 1er aout 2025 au quartier France. Notamment en présence de plusieurs personnalités dont le préfet Nassou Sidibè et le maire Jean Louis Moulot. La cérémonie s’est voulu  une tribune offerte à ceux qu’on n’écoute jamais les artisans, porteurs de traditions, passeurs de mémoire.

Sous les paillotes et les tentes dressées entre lagune et Atlantique, plus de 800 exposants venus de 20 pays africains, dont le Ghana à l’honneur cette année ont convergé dans la capitale historique pour revendiquer un droit fondamental : celui de vivre de leur art, sur leur sol, avec dignité.


« Nous avons abandonné nos savoirs, nos cultures, nos racines… pour des modèles venus d’ailleurs. Aujourd’hui, c’est ce vide qui nous fatigue. Il faut revenir à l’essentiel », tonne le Commissaire général, micro à la main et regard perçant.

L’artisanat, dernière digue contre l’uniformisation

À rebours de la tendance à l’uniformisation culturelle mondiale, cette Semaine des Arts se veut une alerte politique autant qu’une fête populaire. Une alerte contre l’oubli, l’effacement, la domination silencieuse des cultures étrangères, souvent occidentales, qui déteignent jusqu’à l’âme des peuples africains.

« Ce que nous voulons, ce n’est pas un retour en arrière, mais un recours à ce que nous sommes. Nos cultures sont compatibles avec la modernité, encore faut-il cesser de les ignorer. »

Et derrière cette posture intellectuelle, un constat amer : les artisans sont les grands oubliés des politiques publiques. Alors même qu’ils perpétuent des savoir-faire ancestraux, qu’ils forment les jeunes, qu’ils créent de l’emploi. Mais l’État, souvent, regarde ailleurs.

« On accompagne des secteurs qui n’ont rien à voir avec notre réalité. Pendant ce temps, nos ateliers ferment, nos traditions s’éteignent. Il faut inverser la logique. »

L’IA ne tisse pas de pagnes

Le Commissaire général met aussi en garde contre un autre péril : l’intelligence artificielle, qui menace des métiers entiers. Mais dans ce tumulte technologique, une conviction : l’artisanat est l’un des derniers bastions de l’humain irremplaçable.

« L’IA peut reproduire des images, pas une âme. Elle peut modéliser, mais jamais ressentir le bois sous les doigts, ni créer un motif de pagne chargé d’histoire. »

Loin de rejeter le progrès, le Commissaire appelle à une hybridation respectueuse entre traditions et innovations, sans renoncer à ce qui fait l’essence des cultures africaines.


Une mobilisation continentale

Avec plus de 370 stands, des débats thématiques, un village gastronomique, des concerts, cette édition 2025 s’annonce comme l’une des plus ambitieuses. Mais l’ambition est ailleurs : bâtir une Afrique qui se regarde en face, qui s’écoute, et qui cesse de mépriser ce qu’elle a de plus précieux.

« L’artisanat, c’est la mémoire d’un peuple. Et cette mémoire-là, on ne la vend pas au rabais », conclut-il.

Alors que les visiteurs arpentent les allées, que les senteurs épicées de la cuisine locale montent dans le ciel ivoirien, Grand-Bassam ne célèbre pas seulement l’art. Elle rappelle au continent ce qu’il pourrait perdre, à moins d’en faire, enfin, une priorité.

Tadina Christina

 

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Ivoireinter

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